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Historique

L'Hôtel Consulaire de Tours (1757 - 1759)

Le bâtiment de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Touraine et du Tribunal de Commerce de Tours est en France l'un des quelques rares édifices à avoir été, depuis plus de deux siècles, conçus pour ses fonctions consulaires. Il se trouve être à Tours le plus ancien bâtiment public à avoir préservé son affectation depuis sa construction.

Le Tribunal et la Chambre de Commerce ont à Tours leur siège respectif dans le même bâtiment, le Palais du Commerce, édifié entre 1757 et 1759 par le Corps des Marchands de Tours pour leur juridiction et leurs affaires, dans le cœur de la cité, au moment où les urbanistes du XVIIIème siècle commençaient à le rebâtir sur le nouvel axe nord-sud de la route d'Espagne, à proximité immédiate.

Le Palais du Commerce, ainsi désigné au portail d'entrée, apparaît plus comme un hôtel particulier cossu, sobre et élégant, conçu par les négociants de Tours pour un usage public. Il a son entrée à l'ouest sur l'actuelle rue Jules-Favre, précédemment rue Saint-François-de-Paule, après qu'elle eut été, la rue de la Bourse, celle du Collège, des Jésuites, la rue Neuve, et, lors de son tracé à l'époque de Louis XI vers 1471, la rue de la Hardouynière, du nom du propriétaire des terrains, Jean Hardouin, Trésorier de France sous Charles VII. Cette courte rue, est limitée au nord par ce qui reste de l'abbaye Saint-Julien, fondée sous Clovis, et au sud des fondations d'un grand temple gallo-romain (fanum).

L'Hôtel du Commerce fait face à l'ouest aux vestiges Renaissance de l'ancien hôtel de Beaune-Semblançay, malheureux argentier de François 1er. L'hôtel de Beaune, ruiné par les obus allemands de juin 1940, avait jusqu'au début du XVII ème siècle hébergé les rois, lors de leurs séjours à Tours.

En 1759 les juges consuls et le Corps des marchands (surtout drapiers) étaient en fait dans les lieux depuis près d'un siècle. La juridiction consulaire fut en effet créée à Tours, sous Charles IX, dans le sillage de celle de Paris, et de sept autres villes de province en avril de l'année 1564, sinon 1565 (le doute étant permis, en raison du jour incertain où commençait l'année). Elle avait ses activités dans le local de la " salle des Aigles ", annexe de la Maison de Ville, rue de la Monnaie, dans l'actuel " vieux Tours ". Sans doute à l'étroit, et en manque de reconnaissance, les juges consuls et le Corps des marchands viennent s'établir, comme on le pense, en 1662 dans trois corps de logis, rue Neuve, en tant que locataires des jésuites. Ces derniers possédaient une grande partie de la rue, et tenaient le collège en face, dans l'ancien hôtel de Beaune, depuis 1635. Attenante à ces maisons, se trouvait déjà ou sera construite un peu plus tard, la Halle aux draps.

En date du 13 mars 1665 le Corps des marchands, banquiers et, négociants obtenait, par ordonnance royale, le droit de s'imposer sur eux-mêmes pour acheter les lieux. L'acquisition est faite auprès des jésuites, qui avaient des besoins d'argent, en date du 1er juillet 1671 pour une somme de seize mille livres Tournois, soit moins de 1 million de nos francs, ce qui laisse à penser que les immeubles n'étaient pas considérables.

Les emprunts amortis en 1719, les marchands de Tours purent songer à faire construire aux lieux et places de ces logis vétustes et incommodes, qui devaient dater des tout débuts du XVI ème siècle, un immeuble plus convenable. Imitant les consuls parisiens, qui cent ans auparavant, en avaient fait édifier une dans leur maison consulaire, cloître Saint-Méry, ils commencent par une chapelle, modeste oratoire érigé en 1730-1731 au premier étage au-dessus de la Halle aux draps, et disparu sous la Révolution.

C'est à l'architecte tourangeau Pierre Meusnier (1702-1781), aujourd'hui bien identifié, que sera confiée la construction, en pierres de Bourré, du Palais du Commerce, dans un style plus proche de la première moitié du XVIII ème siècle. Ingénieur du roi aux levées de la Loire, Pierre Meusnier bâtisseur de nombreux immeubles de goût à Tours et dans le quartier proche, attachera surtout son nom à des édifices plus tardifs, tels que l'Hôtel de Montifray, mieux connu sous le nom d'Hôtel Mame, le manoir du Pilorget, et sa propre maison rue de la Préfecture, modèle réduit du bâtiment de la Chambre de Commerce.

La première pierre en sera posée le 9 juillet 1757, ainsi qu'en témoigne la plaque de cuivre apposée, découverte en 1879. Celle-ci confirme bien, en latin, que les juges consuls, dont elle donne les noms, édifièrent le bâtiment pour leurs activités consulaires en faveur du commerce de Tours.

Développé autour d'une cour centrale, aux façades plus décorées que sur la rue, ce bel hôtel Louis XV comporte quatre corps de bâtiments élevés d'un étage et de combles. On remarquera la recherche évidente, habituelle à l'époque, d'un cadre asymétrique de la construction, parvenant malgré la difficulté à donner à l'ensemble un effet très harmonieux. La façade orientale est percée d'une baie donnant accès a un bel escalier à double rampe, récemment restauré. L'aile méridionale comprend au rez-de-chaussée la Halle aux draps ou Salle des ventes, salle voûtée du milieu du XVII ème siècle, très bien intégrée à l'architecture de l'édifice, et au premier étage, la grande Salle d'audience du Tribunal. Dans l'aile occidentale, un bel escalier d'époque avec une remarquable rampe en fer forgé donne accès à l'étage aux salles de conseil du Tribunal, et au Grand Salon.

Sous le règne de Louis XVI, les marchands manquèrent déjà se trouver dépossédés de l'édifice en 1777, après que Turgot eut tenté de supprimer les corporations.

Sous la Révolution, les corporations définitivement disparues, l'édifice devint simplement le Bureau des Marchands. Devenu bien national, en application des décrets de décembre 1793 visant les biens des ci-devant tribunaux consulaires, il fera l'objet d'une mise en vente. Le tribunal de commerce, dont l'existence avait pourtant été, depuis trois ans, reconnue, et dont les modes électifs ne devaient pas heurter les sensibilités révolutionnaires, devait être logé par l'administration, qui eut le bon sens d'annuler les adjudications. Il n'en demeura pas moins que l'Hôtel Consulaire, dépendant désormais du domaine de l'Etat, se trouva confié aux administrations du département, de l'arrondissement et de la commune, sans que soit jamais déterminé à qui la propriété en était dévolue : propriété de tous, quand il fallait en jouir, et de personne quand il fallait entretenir ou réparer. Les choses restèrent en l'état, et le bâtiment se détériora de la sorte jusqu'en 1821.

Tours eut la chance de se trouver au nombre des 22 villes, où devaient, suivant l'arrêté des Consuls de la veille de Noël 1802, se créer ou se recréer des chambres de commerce. Celle de Tours se trouvait surtout parmi les sept nouvelles chambres françaises instituées ce jour par Bonaparte, sous les conseils pressants de son ministre Chaptal, devenu quelques mois auparavant propriétaire du château de Chanteloup à Amboise.

Le 28 février 1803, l'autoritaire général Préfet de Pommereul, qui se félicitait d'avoir été l'examinateur de Bonaparte à l'Ecole militaire, réunissait à la préfecture de l'époque, dans l'ancienne Intendance, cinq notables parmi les huit désignés en début d'année par le suffrage de quarante négociants, choisis par lui-même parmi les plus recommandables de la ville. Ainsi organisait-on en ces temps-là les élections consulaires…Président de droit à l'époque, le Préfet constitue et installe la Chambre avec un vice-président, président de fait, industriel drapier, d'une dynastie de soyeux, Jacques Alexandre Roze, à qui est demandé de déterminer le local où sera fixé le siège de la Chambre. Celui-ci, en accord avec ses collègues, n'en voit d'autre que la salle du Conseil du Tribunal de Commerce, dont il était lui-même président depuis 1800, et dont les juges étaient membres de la Chambre ainsi constituée.

Les choses allèrent ainsi, tant bien que mal, pendant près de vingt ans. Ceci n'épargnera pas à la Chambre d'avoir à soutenir une vigilance constante pour se garder des prétentions de l'administration, qui faute de locaux pour ses besoins (on manquait de place à Tours), cherchait naturellement à utiliser ceux de l'Hôtel Consulaire, où il y avait encore de la place. C'est ainsi qu'à peine deux mois après son installation, elle dut résister au Préfet, qui sans consulter qui que ce fût, décida par arrêté d'affecter la Halle aux draps à la conservation des dossiers du Tribunal civil, lequel tenait aussi ses audiences dans la salle du Tribunal de Commerce.

En 1811, nouvelle alarme : par décret du 9 avril, l'Hôtel se trouve inscrit dans le tableau des immeubles classés comme appartenant à l'administration de l'arrondissement de Tours. Le nouveau Préfet, cette fois prudent, ne décide rien sur son affectation, dans l'attente de preuves tangibles des droits de propriété de la Chambre. Le retour de la Monarchie incita la Chambre en 1816 à demander la reconnaissance de ses droits. La demande restée sans suite sera réitérée le 1er juin 1821, suivie cette fois réponse favorable : le 20 août 1821 le Conseil Général faisait connaître à la Chambre, qui les accepte, les conditions de la cession. Le 23 janvier 1822 une ordonnance du roi Louis XVIII autorisait le Préfet à faire au nom du département " l'abandon " de l'édifice à la Chambre, à charge pour elle de l'entretenir, et de continuer à y loger le Tribunal de Commerce. A ces clauses s'ajoutaient les exigences d'héberger le nouveau Tribunal de Prud'hommes, créé par la Ville de Tours en 1818, de garder la Salle des ventes et le Bureau d'aunage, avec la condition express de ne jamais modifier l'affectation des locaux. L'ordonnance du roi, malgré quelques arrangements, régit toujours les droits et obligations de la Chambre en matière immobilière.

Dès 1822 la Chambre pouvait commencer à réparer et aménager ses locaux, avec les maigres ressources de l'époque…


 
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