La Halle aux draps est une belle salle voûtée d'origine
XVII ème, bien intégrée aux façades XVIII ème grâce
à la forme surbaissée des ouvertures. Elle est divisée
en deux nefs de six travées, séparées par six arcades
appuyées sur cinq piliers prismatiques. L'année de
sa construction ne peut être donnée avec précision.
En 1624, la Communauté des marchands drapiers de Tours
avait présenté au Conseil du roi une requête pour
l'établissement d'une halle dans la forme de celle
qui venait d'être construite à Rouen, en réalité beaucoup
plus grande sous le nom de Halle aux toiles. Le maire
de Tours, dès 1625 avait bien proposé de la construire
à ses frais, mais on ne sait ce qu'il est advenu de
sa proposition, la Communauté des marchands drapiers
ayant considéré, qu'elle l'avait été à leurs frais
à eux, mais sans doute beaucoup plus tard. On ignore
toujours si celle-ci a été édifiée avant l'arrivée
des marchands en ces lieux en 1662, ce qui aurait
pu les déterminer à venir là, ou si au contraire,
la halle a été construite après.
La Halle était destinée à l'entreposage
des étoffes de laine et des draperies fabriquées par
la petite industrie ou les ateliers des bourgs de
la province. Les négociants de Tours et d'ailleurs
venaient s'approvisionner le vendredi. Après contrôle
de l'aunage, les cotations étaient ouvertes et fermées
au son d'une cloche, toujours présente dans l'angle
de la cour. La Halle était louée à ses utilisateurs,
mais le produit en revenait à la Ville, tout comme
le service d'aunage affermé à son profit.
Le Bureau d'aunage, où opérait, à
l'aune de Tours (1,19 m), un auneur juré dépendant
de la Ville, était le lieu où se tenait le service
officiel de mesurage et de marquage (aux plombs de
marques) des draps. L'Histoire nous apprend que cette
formalité de contrôle de qualité, n'était pas systématique,
pour ne pas dire qu'elle était couramment contournée,
soit par les petits ateliers pour les petites pièces
dans les campagnes, soit par les négociants en gros,
qui, à la fin de l'Ancien Régime, prétendaient n'avoir
pas à fréquenter les bureaux de marques, et encore
moins recevoir la visite des inspecteurs, fussent-ils
du roi. Pourtant d'autres localités de la province,
comme Amboise, Saint-Christophe, Chinon, Richelieu,
Beaumont-la-Ronce, où se trouvaient de nombreux ateliers,
demandèrent, peu avant la Révolution, à disposer de
leurs propres bureaux, ainsi qu'ils existaient nombreux
dans le Maine et l' Anjou voisin, comme dans toutes
les régions textiles.
Le service d'aunage, déjà en sommeil
sous la Révolution, ne résista pas longtemps au système
métrique, ni aux évolutions du commerce, pas plus
qu' à la disparition au XIX ème siècle de nombreux
ateliers textiles ruraux. Il en ira de même pour la
petite salle de la Bourse, dont la Chambre constate
dès 1833 la désertion et l'inutilité. Deuxième ville
française pour la soie (qui, notons le, disposait
de ses propres organes de contrôle), Tours n'avait
pas la même importance pour la draperie.
Ceci fera que, dès le XIX ème siècle,
la Halle se trouvera sous-utilisée pour les draps,
et lorsque la Chambre mettra en avant son importance
économique, tout en s'appuyant sur les dispositions
de l'ordonnance royale, c'est beaucoup plus pour en
dissuader l'accès aux intrus. Elle affectera d'ailleurs
elle-même la salle à une multitude d'autres activités
: clubs politiques en 1848 ; audiences du Tribunal
pendant les travaux ; guichet de banque (Banque Populaire
en 1919, créée à l'instigation de la Chambre) ; cours
du soir ; Tribunal de Prud'hommes, transféré dans
la salle après la Libération ; Centre de documentation
de la Chambre en 1974 ; et depuis 1996, nouvelle salle
de Délibérations de la Chambre.
Signalons enfin que 100 ans auparavant,
le 25 mai 1896, le président de la République, Félix
Faure, ancien président de la Chambre de Commerce
du Havre, était convié dans la Halle à un banquet
en musique, à l'occasion de la pose des premières
pierres du nouvel Hôtel de Ville et de la nouvelle
gare.