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Historique

La Halle au Draps et le Bureau d'Aunage


Sur les façades de la cour de l'Hôtel XVIII ème, au-dessus des ouvertures d'accès, le visiteur est intrigué par la présence de cartouches bien dans le style du bâtiment, où l'on trouve inscrits en lettres d'or : CONSULAT (le Tribunal), VENTE (la salle où étaient exposés et mis en vente les draps) ; AUNAGE (la pièce où ils étaient contrôlés, mesurés, et marqués) ; BOURSE (la salle où ils étaient négociés). Au sujet de la Bourse, il convient de dire qu'il y eut en 1827 à Tours une Bourse de Commerce, bien éphémère, et qui ne fut jamais à la Chambre.

La Halle aux draps est une belle salle voûtée d'origine XVII ème, bien intégrée aux façades XVIII ème grâce à la forme surbaissée des ouvertures. Elle est divisée en deux nefs de six travées, séparées par six arcades appuyées sur cinq piliers prismatiques. L'année de sa construction ne peut être donnée avec précision. En 1624, la Communauté des marchands drapiers de Tours avait présenté au Conseil du roi une requête pour l'établissement d'une halle dans la forme de celle qui venait d'être construite à Rouen, en réalité beaucoup plus grande sous le nom de Halle aux toiles. Le maire de Tours, dès 1625 avait bien proposé de la construire à ses frais, mais on ne sait ce qu'il est advenu de sa proposition, la Communauté des marchands drapiers ayant considéré, qu'elle l'avait été à leurs frais à eux, mais sans doute beaucoup plus tard. On ignore toujours si celle-ci a été édifiée avant l'arrivée des marchands en ces lieux en 1662, ce qui aurait pu les déterminer à venir là, ou si au contraire, la halle a été construite après.

La Halle était destinée à l'entreposage des étoffes de laine et des draperies fabriquées par la petite industrie ou les ateliers des bourgs de la province. Les négociants de Tours et d'ailleurs venaient s'approvisionner le vendredi. Après contrôle de l'aunage, les cotations étaient ouvertes et fermées au son d'une cloche, toujours présente dans l'angle de la cour. La Halle était louée à ses utilisateurs, mais le produit en revenait à la Ville, tout comme le service d'aunage affermé à son profit.

Le Bureau d'aunage, où opérait, à l'aune de Tours (1,19 m), un auneur juré dépendant de la Ville, était le lieu où se tenait le service officiel de mesurage et de marquage (aux plombs de marques) des draps. L'Histoire nous apprend que cette formalité de contrôle de qualité, n'était pas systématique, pour ne pas dire qu'elle était couramment contournée, soit par les petits ateliers pour les petites pièces dans les campagnes, soit par les négociants en gros, qui, à la fin de l'Ancien Régime, prétendaient n'avoir pas à fréquenter les bureaux de marques, et encore moins recevoir la visite des inspecteurs, fussent-ils du roi. Pourtant d'autres localités de la province, comme Amboise, Saint-Christophe, Chinon, Richelieu, Beaumont-la-Ronce, où se trouvaient de nombreux ateliers, demandèrent, peu avant la Révolution, à disposer de leurs propres bureaux, ainsi qu'ils existaient nombreux dans le Maine et l' Anjou voisin, comme dans toutes les régions textiles.

Le service d'aunage, déjà en sommeil sous la Révolution, ne résista pas longtemps au système métrique, ni aux évolutions du commerce, pas plus qu' à la disparition au XIX ème siècle de nombreux ateliers textiles ruraux. Il en ira de même pour la petite salle de la Bourse, dont la Chambre constate dès 1833 la désertion et l'inutilité. Deuxième ville française pour la soie (qui, notons le, disposait de ses propres organes de contrôle), Tours n'avait pas la même importance pour la draperie.

Ceci fera que, dès le XIX ème siècle, la Halle se trouvera sous-utilisée pour les draps, et lorsque la Chambre mettra en avant son importance économique, tout en s'appuyant sur les dispositions de l'ordonnance royale, c'est beaucoup plus pour en dissuader l'accès aux intrus. Elle affectera d'ailleurs elle-même la salle à une multitude d'autres activités : clubs politiques en 1848 ; audiences du Tribunal pendant les travaux ; guichet de banque (Banque Populaire en 1919, créée à l'instigation de la Chambre) ; cours du soir ; Tribunal de Prud'hommes, transféré dans la salle après la Libération ; Centre de documentation de la Chambre en 1974 ; et depuis 1996, nouvelle salle de Délibérations de la Chambre.

Signalons enfin que 100 ans auparavant, le 25 mai 1896, le président de la République, Félix Faure, ancien président de la Chambre de Commerce du Havre, était convié dans la Halle à un banquet en musique, à l'occasion de la pose des premières pierres du nouvel Hôtel de Ville et de la nouvelle gare.


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